UN AMOUR DE JEUNESSE de Mia Hansen-Løve

avec Lola Creton, Stephan Urzendowsky, Magne Havard Brekke, Valérie Bonneton et Sege Renko.

 

 

Ceux qui ont vu les deux premiers longs-métrages de Mia Hansen-Løve (Tout est pardonné et Le père de mes enfants) savent l’indéniable talent de cette jeune réalisatrice sur laquelle beaucoup fondent de grands et légitimes espoirs.  Un amour de jeunesse, actuellement en compétition au Festival de Locarno,  vient renforcer cette conviction et nous offre l’occasion de voir avec quelle maîtrise et obstination Hansen-Løve se forge une poétique bien à elle. Poétique qui sait subtilement conjuguer les passions les plus tristes auxquelles sont soumis ses personnages principaux à un épanouissement solaire parallèle, comme si alors que la grisaille envahissait leur existence, mûrissait en sous-main l’évidence des éclaircies à venir. Dans Le père de mes enfants, cette dialectique opérait déjà mais en sens inverse : c’est l’aveuglante aisance, la brillance du personnage principal, Grégoire Canvel, qui occultait les nuages noirs s’amoncelant peu à peu sur sa vie. Cet art du contrepoint météorologique, on le retrouve dans le portrait de la belle Camille dans Un Amour de Jeunesse. Son passage de l’adolescence à l’âge adulte nous est montré comme une saison intermédiaire de l’existence propice aux changements climatiques et amoureux les plus radicaux. Entre le triste hiver parisien et le rayonnement ardéchois de la maison de vacances, entre les joies d’un premier amour qui la dépasse, la fait sortir d’elle-même, l’initie à la jouissance de son corps et du monde et la dureté de l’absence, l’incertitude du désir de l’autre, l’indicible souffrance d’un amour perdu, il y a cet abîme qu’il s’agit pour Camille de franchir. Ce sont là  peut-être des détails mais la brève apparition d’Anaïs Demoustier au détour d’un plan parisien ne manque pas de nous évoquer le personnage solaire  qu’elle interprétait dans D’Amour et d’eau fraîche d’Isabelle Czajka, tandis que la cour du lycée de Camille nous ramène à la froideur hivernale de La Belle Personne d’Honoré. Ce qu’Un Amour de Jeunesse propose à travers le  personnage de Camille est un peu la combinaison de ces deux figures féminines, la délicate coexistence dans une même personne du très chaud et du très froid.

 A partir de là, on comprend pourquoi la réussite d’ Un Amour de Jeunesse repose, comme Le père de mes enfants reposait sur l’impeccable interprétation de Louis-Do de Lencquesaing, sur la performance de son actrice principale, Lola Creton, sublime en lolita sur le point d’éclore, et plus que crédible dans sa lente métamorphose d’adolescente passionnée en femme de caractère. Car le pari de Mia Hansen-Løve ne consiste pas seulement à plonger son héroïne dans le chaud et froid d’une passion amoureuse mais à nous montrer aussi comment Camille survit à cette hydrocution sentimentale. Les spectres de  Truffaut et de Jules et Jim font certes ici leur apparition (des bustes sculptés représentant  l’amour idéal siègent dans le jardin broussailleux de la maison des rêves de Camille) comme pour rappeler combien l’amour est toujours vécu au risque d’une possible destruction, mais très vite Hansen-Løve oriente Camille vers un autre avenir ; celui d’une reconstruction. A cet égard, il est significatif que la vocation dans laquelle s’épanouira Camille  soit l’architecture. Art qu’elle exercera notamment dans la réhabilitation d’un bâtiment en friche comme elle l’est elle-même à ce moment de sa vie. Et ce, par l’intermédiaire de Lorenz, son nouvel amour, architecte reconnu qui sait, lui, comment canaliser l’eau vive de la jeunesse sans l’étouffer.   La grande intelligence du film enfin, c’est de nous montrer comment Camille surmonte sa passion triste non pas en oubliant son amour de jeunesse mais en acceptant au contraire sa part d’inguérissable (« Je t’aimerai toujours même si je ne comprendrai jamais pourquoi » confie-t-elle à Sullivan revenu vers elle.) Ce dont guérit Camille devant nos yeux, c’est surtout de l’idée de guérir, de la tentation de refermer une plaie, douloureuse et incompréhensible certes, mais qui a eu l’incomparable avantage d’ouvrir son cœur au monde et à la réalité de ses désirs. Un amour de film donc.

                                                                   Luc Lavacherie
A l’affiche du Gallia Cinéma du 20 au 26 juillet. Les horaires des séances : ici

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