LA DERNIER PISTE un western de Kelly Reichardt
avec Michelle Williams, Paul Dano, Bruce Greenwood, Wille Patton et Zoe Kazan
Après Old Joy (sorti en France en 2007) puis Wendy and Lucy (sorti en 2009), voici donc le dernier film de Kelly Reichardt, cinéaste américaine protégée de Todd Haynes avec qui elle a travaillé comme directrice artistique sur plusieurs long-métrages et qui a eu la bonne idée de lui présenter l’écrivain Jon Raymond. Rencontre cruciale pour la réalisatrice, puisque cet auteur est devenu depuis son grand inspirateur. Ses trois derniers films sont ainsi des adaptations de nouvelles par lui écrites et qu’il a d’ailleurs lui-même scénarisées. Tel est le cas de cette Dernière Piste, beau western qui nous montre trois familles de pionniers américains à la recherche d’une côte ouest, rêvée par eux, à force de lectures bibliques, comme une véritable Terre Promise. Pour atteindre ce havre au plus vite, ils ont décidé de quitter les routes traditionnelles et de suivre Meek, un trappeur hâbleur et mythomane, qui prétend connaître le pays comme sa poche et leur faire bénéficier d’un raccourci. Ce fameux raccourci qui donne son titre original au film (Meek’s cutoff, le raccourci de Meek) s’avérera bientôt être un calvaire où les familles, perdues en plein désert de l’Oregon (un désert peu vu dans les westerns qui utilisaient surtout les paysages d’Arizona ou de Californie) ne cessent de se perdre… Commence alors, ce qu’on pourrait appeler « un huis clos psychologique des grands espaces », où sans jamais s’ennuyer, le spectateur assistera aux nombreuses tensions qui traverseront le groupe au fur à mesure des espérances déçues et des contretemps. Décrivant subtilement à quoi la place des femmes était réduite à cette époque (s’occuper des corvées ménagères, enfanter et se taire), la réalisatrice fait de son film, notamment grâce au personnage très fort d’Emily, interprétée par une impeccable Michelle Williams (Brokeback Mountain, Shutter Island et personnage principale de Wendy et Lucy), un film aux accents féministes… De cette traversée du désert, qu’on ne peut s’empêcher de voir comme l’écho (ironique parfois : le trappeur Meek, barbu à souhait, figurant un Moïse un peu barré) de l’Exode hors d’Egypte du peuple Hébreu, le point fort sera la rencontre avec un représentant du peuple indigène, figure ambiguë de l’altérité que seule Emily essaiera de comprendre dans toute sa complexité… Les hommes étant dans cette affaire complètement à l’ouest.
Le film, tourné en 1.33, est dans un format carré qui renforce ce sentiment de « huis-clos » en même temps qu’il laisse place, par une belle profondeur de champ, à l’immensité des paysages.
Un film rigoureux et méditatif à la fois : précis quand il s’agit de décrire le quotidien des pionniers, il laisse cependant son récit totalement ouvert, conférant à l’ensemble une valeur de parabole universelle…
Luc Lavacherie
A l’affiche du Gallia Cinéma à partir du 6 juillet. Horaires des séances : ici